02.09.2008

Un bon dossier dans Philosophie magazine de septembre

6d17ede7cd23eafa89e34df1cce28cc5.jpg "Les penseurs des Lumières avaient parié sur la fin des religions et le triomphe progressif de la raison… Quelle ne serait pas leur surprise s'ils pouvaient assister à l'actuel « retour du religieux » sous des formes multiples, allant de la mode des spiritualités, de l'explosion des conversions à l'islam et au protestantisme à travers le monde, des offensives de Benoît XVI pour la promotion d'une rationalité chrétienne à la violence nettement plus inquiétante des fanatismes. Que va-t-il se passer au XXIe siècle ?"
Les philosophes contemporains s'interrogent (remarquables paradoxes de Marcel Gauchet désormais sur le "ré enchantement du monde") et permettent de décliner dans ce dossier quatre scénarios , sous 7 angles :
• Entre croire et savoir
• Scénario 1 : Le regain des religions traditionnelles
• Scénario 2 : L'avènement de l'athéisme
• Scénario 3 : L'ère des spiritualités
• Scénario 4: Le choc des fanatismes
• « Les religions comblent un vide social »
• « Toute relation aux images se donne comme une prise de position »
Problème: pour le rédacteur du magazine auteur de l'article sur le choc des fanatismes, les religions en général et le christianisme en particulier, contrairement à ce qu'ils prétendent, sont les causes des guerres, par leurs discours polémiques et anxiogènes. Faut-il écrire quelque chose à ce philosophe et journaliste... Alexandre Lacroix? Qui aura le dernier mot? En marge du dossier (pp. 26-29), c'est peut-être plutôt la passionnante "controverse sur la rhétorique" entre l'avocat pénaliste Thierry Lévy et le philosophe Marc Angenot, la véritable perle, pour un théologien. Et la vraie question: le XXIème siècle sera-t-il sage, philosophiquement parlant ?
D.G.

13.06.2008

RATIONALISTE ET PROTESTANT, GRAND DIEU EST-CE POSSIBLE?

fbff3eb06e137254e300a18a76a4c018.jpgUne note du 8 juin tirée de jeanbauberotlaicite.blogspirit.com: (...) Pour ma part, je me situe dans une tradition protestante, que j’interprète à ma manière. Et je tente, pour cela, de m’abreuver à plusieurs sources théologiques. Car que la foi est dans l’extrascientifique, dans l’arationalité, ne signifie pas qu’elle soit un pur sentiment, cela n’empêche pas de pouvoir penser sa foi.

Mais penser sa foi n’est pas une pure opération intellectuelle. Cela implique, de façon immédiate, des conséquences sur la manière de comprendre le monde, de construire sa vie, d’être en interrelation avec les autres.

Comme protestant, je retiens :

– de Jean Calvin, l’absolue transcendance de Dieu et le fait qu’il est seul transcendant.

Donc travail, famille, patrie, mais aussi école et République, médecine et honneur, science et morale, valeurs et idéaux, référence de son propre camp, christianisme et Eglise, etc : rien n’est transcendant, rien n’est sacré. Tout peut être analysé, décortiqué, critiqué, etc. C’est pourquoi je suis à l’aise dans toutes les démarches des sciences humaines.

- de Martin Luther, le fait que Dieu se révèle sur la croix. Dieu est Dieu quand il meurt crucifié, nu et seul ; après avoir crié : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (c’est le verset le pus fort de toute la Bible peut-être).

Donc rien ne doit être défendu au nom de Dieu : ni blasphèmes, ni sacrilèges, ni caricatures, et, bien sûr, encore moins aucune démarche de l’ordre de la connaissance. C’est pourquoi je suis à l’aise dans les démarches de sciences sociales des religions.

- de Luther encore, que personne n’est juste : certains sont de vrais méchants, d’autres se croient et/ou apparaissent justes, trop justes et ne donc le sont pas. Autrement dit, il faut non seulement combattre ce qui est mal, il faut aussi se méfier de ce qui est bien, ou apparaît tel. Là encore, les démarche de connaissance décryptent, désenchantent, mettent à nu les impensés sociaux, attirent l’attention des points aveugles. C’est pourquoi je suis à l’aise dans la morale laïque (morale trouée, comme je l’explique dans mon dernier ouvrage)


- de la Réforme en général, que le salut est pure grâce, sans qu’aucun mérite n’intervienne. Et donc on est délivré du souci des « bonnes œuvres », c'est-à-dire du souci de paraître moral à ses propres yeux et aux yeux des autres. On peut courir des risques pour contester ce qui est le bien stéréotypé d’un temps et d’un lieu, pour ramer à contre courant des idées dominantes, du bien dominant et (en fait) oppresseur.

- de Karl Barth, qu’il n’y a pas d’autre révélation de Dieu que celle-là (dont la croix est le centre : en bon réformé : la croix, pas le crucifix, car là on cherche encore à positiver), qu’il n’existe pas de Dieu en dehors de la révélation.

Le seul interdit est l’idolâtrie : et donc on est poussé à réagir contre toute sacralisation, qu’il s’agisse de valeurs traditionnelles ou de valeurs contestataires, à décrypter tout idéologisation, toute religion civile, à récuser toute transcendance. C’est pourquoi je suis à l’aise dans la laïcité.

- de Dietrich Bonhoeffer (théologien tué après avoir participé à un complot contre Hitler), que les religions sont œuvres humaines et qu’au nom de Dieu il faut aussi savoir vivre sans Dieu. Savoir vivre dans l’immanence des questions complexes et sans réponses définitives, des incertitudes et des doutes, être capable de rêver et savoir qu’il s’agit de rêves, allier continuité et nouveauté, approfondissement et changement. C’est pourquoi je peux être, à la fois, agnostique et croyant.



Tout cela est dialectique, mais la dialectique est peut-être précisément ce qui permet de saisir l’épaisseur même de l’humain. Et, ne pas oublier, le grand créateur de distanciation : l’humour.

19.05.2008

BERNANOS

7e51f01220e65c4f16f4bb0edb915642.jpg«Quand j’entrerai chez Dieu, c’est l’enfant que je fus qui me prendra par la main»

30.04.2008

A propos de l'influence des Eglises

a053af481e15edf5b5f49599d4235680.jpg"Eglises et organisations religieuses occupent de plus en plus le rôle de ce qu'on pourrait appeler des communautés d'interprétations dans l'arène publique de nos sociétés laïques. [...] C'est indépendant de la nature convaincante ou criticable de leurs arguments."
Jürgen Habermas, philosophe, Radio Pays-Bas (21 mars 2008)

13.01.2008

Le testament d’un grand éditeur

26f030c75aae676eb6fda2123b747b52.jpgChristian Bourgois a dicté ces lignes le 18 novembre 2007. Un mois plus tard, il n’était plus. Le lumineux testament d’un grand éditeur (Cf. Pierre Assouline, La République des Livres) :
“La tradition de notre profession, particulièrement importante et tenace en France, comme vous le savez, vuet que ce soient les auteurs qui reçoivent un Prix, que leurs éditeurs les accompagnent pour aller le chercher, puis le fêter -mais aussi hélas, plus souvent encore, pour les consoler de l’avoir manqué. Dans ma longue vie d’éditeur, près de cinquante années aujourd’hui, j’ai eu à plusieurs reprises la joie de partager avec plusieurs de mes auteurs ces moments de plaisir et de fierté, que ce soit au tout début de ma carrière avec Georges Perec lorsqu’il reçut le Prix Renaudot pour Les Choses ou plus récemment avec Toni Morisson lorsqu’elle fut couronnée par le Nobel, et Susan Sontag par le Friedenpreis (…)
Je viens de vous parler, par mauvaise habitude, de “mes” auteurs. Il s’agit d’une expression tout à fait impropre : en fait, si un auteur est toujours libre, lui, de dire “mon éditeur”, ou, sur un ton plus soumis, “mon cher éditeur”, comme l’écrivaient souvent au XIXème siècle les Flaubert, Balzac ou Zola, je crois qu’il nous faut nous méfier des travers du langage courant et savoir qu’au fond, les auteurs ne nous appartiennent pas. Mais que nous leur devons fidélité, attention et gratitude pour le cadeau qu’ils nous font à chaque fois qu’ils nous confient un nouveau manuscrit -sans que cela nous oblige, bien sûr, à taire nos éventuelles critiques ni à les publier coûte que coûite, aveuglèment. Tout au contraire : nous devons toujours faire des choix, affirmer nos préférences, assumer nos décisions, au risque de déplaire. Un véritable éditeur dit plus souvent non que oui. Cela dit, une de mes plus grandes satisfactions d’éditeur est de constater dans mon catalogue la présence régulière et répétée d’un auteur : ce compagnonnage au fil des années, même s’il ne nous met jamais à l’abri d’une brusque rupture, parfois violente, toujours désolante, est l’indice d’une réussite partagée, et parfois aussi la marque d’une amitié confiante patiemment construite, de livre en livre.
Pour ma part j’aime publier une oeuvre dans son entier et dans sa continuité, qu’il s’agisse d’un auteur injustement oublié comme je l’ai fait en poche dans la collection 10/18 avec Stevenson, Dickens ou Kipling, grâce à mon complice Francis Lacassin, ou d’auteurs vivants comme Lobo Antunes ou Jim Harrison. La cohérence du catalogue est pour moi essentielle : il dit à la fois ce qu’il revendique et, en creux, ce qu’il refuse, exclut, hors de tout a priori sur ce que veulent prétendument les lecteurs. Je suis sur ce point en parfait accord avec le grand éditeur allemand Fischer qui affirmait que l’excellence de notre métier est justement de publier des livres que le public n’attend pas, qu’ol ne veut pas.
Mon catalogue c’est ma vie, ai-je parfois dit, avec un peu d’emphase certes, mais je le crois profondément, tant il est que les quelques 4000 ouvrages publiés sous mon nom depuis 1966 me donnent un sentiment de fierté que je ne peux vous cacher aujourd’hui en m’adressant à vous, qui me faites le grand honneur et l’immense plaisir de récompenser ce travail. Mais par ce geste, ce n’est pas seulement un éditeur que vous honorez, c’est aussi un catalogue, et donc ses auteurs et leurs oeuvres. Et cela indépendamment de la diversité des noms d’auteurs, qui vont des écrivains de la Beat Generation avec Burroughs et Ginsberg, désormais si à la mode, jusqu’au toujours très controversé Ernst Jünger, en passant par l’énigmatique Pessoa. Je crois avoir composé mon catalogue avec le constant souci qu’il exprime au plus près mes préférences littéraires et esthétiques, et le désir que les auteurs convoqués à figurer dans ce catalogue, sinon se reconnaissent dans la diversité de mes choix éditoriaux, du moins y trouvent leur compte sans jamais avoir l’impression de céder sur leurs propres exigences.(…)
Dès le début de ma carrière, j’ai nourri une profonde méfiance envers ce qu’était alors la littérature française, qui dans sa très grande majorité ne m’inspirait rien qui vaille -à l’exception des tentatives avant-gardistes et expériemnatles comme celles du Nouveau Roman ou des oulipiens dans le territoires ouvert par Raymond Queneau et Georges Perec. Je me suis donc tourné vers les marges inexploitées des “littératures autres”, expression que je préfère de loin à celle de “littératures étrangères”, beaucoup trop excluante, dévalorisante. Ce fut là encore une question de goût personnel, qui me permit de comprendre qu’il fallait à la fois du courage, de la persévérance, et même de sectarisme pour à la fois refuser (je devrais dire récuser) une littérature par trop naturaliste qui reste encore prédominante, et défendre une conception de la littérature beaucoup plus ouverte, féconde et originale, à la suite d’écrivains remarquables comme Malcolm Lowry ou Witold Gombrowicz que je découvris grâce à Maurice Nadeau et sa revue Les Lettres nouvelles.
C’est alors que j’appris qu’un éditeur doit savoir également être sectaire, injuste, qu’il doit avoir des convictions, bref, qu’éditer c’est toujours éditer contre. Très vite, je sus qu’cest sur le terrain des “littératures autres” que j’aurais quelquec chance d’inventer ce catalogue dont je rêvais. L’affaire n’était pas gagnée d’avance, et on pouvait mê:e se demander si elle était jouable. Heureusement, de nombreux passeurs, au premier rang desquels les traducteurs, agents ou libraires, et surtout les auteurs eux-mêmes (dont beaucoup sont devenus des amis) ainsi que les éditeurs rencontrés chaque année à la Foire de Francfort (…) m’ont convaincu de tenter l’aventure, surtout de la poursuivre coûte que coûte.
Désirant m’inscrire dans la tradition d’un Gaston Gallimard ou d’un Michel Lévy, j’ai donc imaginé très tôt, malgré mon ignorance proverbiale des langues étrangères, d’avancer sur les territoires encore largement inexplorés des littératures autres, avec une grande conviction sur la ligne à suivre, sans avoir pour autant décidé un jour de ne publier que des traductions : disons plutôt que j’ai suivi une évolution guidée par le hasard et les circonstances, avec, je m’en rends compte aujourd’hui, un certain culot. Heureusement, j’ai fait mien très tôt ce précepte attribué à un général vénitien du XVIIème siècle, le Général Montecuculi :“Il faut toujours saisir l’occasion par les cheveux, mais ne pas oublier qu’elle est chauve”.
Je me suis toujours fait une haute idée de la création artistique, qu’elle soit littéraire ou autre, et donc des créateurs. Quel que soit le talent d’un homme politique ou d’un chef d’entreprise, j’en ai connu de très brillantset fameux, je n’ai jamais été vraiment impressionné par eux comme je l’ai été par la puissance d’un artiste, mais également par la solitude qu’il doit le plus souvent affronter. Il faut aimer les artistes, penser qu’ils ont finalement toujours raison. C’est ma conviction profonde depuis que je fais ce métier. Je ne crois pas qu’il y ait de petits et de grands artistes, de petites et de grandes oeuvres. Il faut justementse méfier dans ce domaine si foisonnant, riche et complexe de la création, de nos catégories de classement et de jugement, être sans cesse à l’écoute, aux aguets -ce qui ne veut bien sûr pas dire que tout se vaille, tant s’en faut. En tout cas, j’ai depuis toujours voulu mettre les dons d’éditeur que l’on veut bien me reconnaître au service de ces créateurs, aucun déboire éditorial ne m’a fait changer d’opinion sur ce point crucial.
Si j’ai également toujours maintenu dans mon catalogue uns ecteur important d’essais philosophiques avec des auteurs français comme Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Michel Palmier, Jean-Crhsitophe Bailly, tous des amis proches, sans oublier des essais sur le théâtre avec Georges Lavaudant, Michel Deutsch et Copi, sur la musique avec Pierre Boulez, Alfred Brendel ou Jean-Jacques Nattiez,nsur le cinéma avec Patrice Chéreau, c’est bien la littérature qui est au coeur de ce catalogue.
J’ai déjà cité beaucoup d’auteurs, parmi lesquels je privilégie volontiers, en m’adressant à vous, ceux de langue espagnole comme Onetti, Tomeo, Cabré, Vila-Matas, Marsé, Montalban ou Bolano, et plus récemment Pauls et Aira, Prieto, Solares, Fadanelli, qui font que mon catalogue peut être lu comme un éloge du cosmopolitisme littéraire. Pour moi, ce beau mot de cosmopolitisme, longtemps dévalué ou voué aux gémonies en France, désigne parfaitement ce que je veux faire et, par opposition, ce que je refuse : le nationalisme culturel, sous la forme la plus odieuse et excécrable du chauvinisme (…) J’ai toujours pensé, et aujourd’hui plus que jamais, au rebours de toutes les prophéties catastrophistes, que l’avenir du livre demeure le livre. Je ne sortirai pas de cette conviction…”

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26.11.2007

Coup dur pour les éxégètes (discussion sur le livre de Benoît XVI)

e7a497e16e87fe2f23a8ceed78ddba0a.jpg "Dans son livre Benoît XVI n’interdit pas le recours à la raison (...), quiconque lui fait ce reproche, ressort l’arsenal de son arrière-grand-père (...) On n’aurait pas crucifié un simple prédicateur de morale. C’est un des constats caractéristiques du livre du pape sur Jésus. (...)" Traduit par M. J.-C. Strengh, ces propos de Klaus Berger sont tirés du Rheinischer Merkur, n° 21 du 24. 05. 2007. Une illustration éclairante et engagée d’un débat interne à l’Eglise catholique, transmise par Daniel Schibler.

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25.11.2007

Portrait du Professeur Mark Noll, par Jean Decorvet

95cc88ced3d0e4c30a97531d035ec33a.jpg « Modèle accompli de l’intellectuel».
C’est sous ce titre élogieux que Time Magazine a présenté Mark Noll en février 2005 dans un numéro spécialement consacré aux personnalités phares du mouvement évangélique états-unien. (Cf. The 25th Most Influantial Evangelicals in America : http://www.time.com/time/covers/1101050207/photoessay/20.html).
Un an plus tôt, le New York Times avait déjà dit du professeur qu’il était «l’un des historiens les plus en vue du pays» tandis que The New Republic l’avait décrit comme «la crème des historiens dont les États-Unis peuvent aujourd’hui se prévaloir». Qui dit mieux ? Même à l’échelle nord-américaine, pareil encensement de la part des médias relève de l’exception. Exceptionnel donc, Mark Noll ? Assurément. Véritable fer de lance de la réflexion évangélique outreatlantique, il est l’un des principaux artisans du renouveau intellectuel que connaît le mouvement évangélique. Il en est probablement aussi l’étendard le plus respecté.

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21.11.2007

Un sondage sur l'image des chrétiens dans la société française

58718370ecfe3927fa34d245b06e1c37.jpgLe sondage sur l'image des chrétiens dans la société française, réalisé par l'Ifop pour "La Croix", entre le 31 octobre et le 2 novembre 2007, est riche d'enseignements. Il témoigne notamment de ce paradoxe qui marque aujourd’hui le rapport des Français au christianisme : ils jugent les Églises suffisamment visibles, mais ne connaissent guère de chrétiens engagés

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26.10.2007

Dialogue impossible ?

4c2ec8d1a87179e754e43d53f20905ab.jpgLe Magazine littéraire d’octobre propose le dossier : « les grandes querelles entre philosophes » où invectives, insultes, railleries et injures diverses entre philosophes (et théologiens) durant deux millénaires sont brillamment épinglées.
« Pélage n’est qu’un gros chien de montagne », aurait fulminé saint Jérôme, qui le prétendait « alourdi de porridge écossais », ce qui lui donnait une « démarche de tortue »… Popper et Wittgenstein en seraient venus aux mains, avec un tisonnier, un soir d’octobre 1946 au Cambridge Moral Science Club…Des chamailleries parfois dignes d’une cour de récréation : « L’art d’avoir toujours raison – et de se faire détester de tous » vont semble-t-il de pair, bien que ce dossier se veuille une illustration "du bon usage de la dialectique".
Si vous pensez avec Bernanos « la controverse me dégoûte », n’allez pas plus loin. Si vous êtes théologiens, vous estimez peut-être que « la controverse est souvent bénéfique à l’un comme à l’autre [philosophes], du fait qu’ils frottent leurs têtes entre elles, et sert à chacun d’eux à rectifier ses propres pensées, et aussi à concevoir des vues nouvelles », comme Schopenhauer dans le traité précédemment cité et disponible « en ligne » -, alors vous apprécierez « l’art d’avoir toujours raison » que pratique très pédagogiquement le dossier de ce magazine – une contribution théologique équivalente serait à mener pour nourrir la réflexion commune sur les conditions du dialogue intellectuel.
David Gonzalez

Arthur Schopenhauer, Ed. Mille et une nuit, 1983 : http://www.philo5.com/Mes%20lectures/Schopenhauer,%20L'art%20d'avoir%20toujours%20raison.htm)

11.10.2007

Une note scientifique et citoyenne de Sébastien Fath

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4e1764bac7049c89020a0f43f9f71aa9.jpgLa rubrique fait divers nous le rappelle régulièrement: les chiens d'attaque, cela peut faire très mal. Ce qui est vrai dans l'univers naturel et physique vaut aussi dans l'univers métaphorique.
Des "chiens d'attaque" au service d'intérêts divers, y compris religieux, cela peut faire du dégat, même avec une simple plume, ou un clavier informatique.

En tant que chercheur, je suis bien placé pour observer, à partir du terrain que j'étudie, l'efficacité redoutable de ces "chiens d'attaque". Dans l'univers protestant évangélique, on trouve de tout en terme de relations avec les autres.
Indifférence, oecuménisme, compétition cordiale, méfiance, débat, barricades.... mais aussi, parfois, attaques virulentes en règle, y compris à l'égard de figures respectées comme l'évangéliste Billy Graham (régulièrement qualifié d'apostat, d'esclave de Rome, de loup déguisé en brebis, de franc-maçon hypocrite, sur certains sites ultra-fondamentalistes).
C'est à ce sujet délicat qu'a été consacré une analyse publiée cet été par l'éminent mensuel évangélique américain, Christianity Today (http://www.christianitytoday.com/ct/). Evoquant les "chiens d'attaque" de la chrétienté, l'auteur, David Aikman, s'interroge: "est-ce ainsi qu'il faut apporter grâce et saveur à une civilisation déclinante?" (http://www.christianitytoday.com/ct/2007/august/23.52.html)
L'auteur commence par souligner l'ampleur des invectives et des attaques venimeuses qu'a dû subir un auteur athée à succès, Sam Harris. Des attaques extrêmes qui n'ont fait que conforter ce dernier dans l'idée que les chrétiens sont des fanatiques et qu'il faut tourner la page du christianisme.
Il poursuit en observant que ces agressions verbales, de la part de polémistes évangéliques auto-proclamés défenseurs de la foi, ne s'en prennent pas seulement aux opposants du christianisme, mais aussi à d'autres chrétiens dont ils désapprouvent les positions.
Sa conclusion laisse percer une inquiétude. Soulignant que la courtoisie (civility) est menacée de partout, où va-t-on, dit-il, si les chrétiens s'en prennent les uns aux autres dans des termes comparables à la vulgarité de certains débats sur la TV cablée? Oui aux désaccords, non à l'invective, telle pourrait être la conclusion d'Aikman.
Trois remarques
Du point de vue socio-historique, cet article m'inspire trois remarques.
1/ que Christianity Today s'empare frontalement du problème confirme le fait que ces habitudes de controverse féroce, ces comportements de "chien d'attaque", ne sont pas rares aux Etats-Unis, comme nous le rappellent régulièrement les déclarations à l'emporte-pièce de l'ultra-conservateur Pat Robertson, suggérant tantôt l'assassinat d'Hugo Chavez, tantôt la punition de Dieu sur Ariel Sharon.
2/ cet article confirme aussi qu'il y a débat interne. Beaucoup d'évangéliques (dont la "ligne" défendue par Christianity Today) désapprouvent la controverse agressive. Mais d'autres, persuadés de leur bon droit, continuent mordicus à la pratiquer via leur presse ou via internet, suscitant d'âpres débats inter-évangéliques.
3/ ces réflexions illustrent aussi la prise de conscience croissante par les évangéliques, aux Etats-Unis, qu'ils sont minoritaires (bien que puissants), très observés, et qu'ils ne sauraient se permettre des postures agressives et caricaturales sous peine de se décrédibiliser totalement.
A partir de ces pistes, il serait intéressant de voir comment les choses se passent sur la terrain protestant évangélique français (presse, radios, sites internet).

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