13.06.2008

RATIONALISTE ET PROTESTANT, GRAND DIEU EST-CE POSSIBLE?

fbff3eb06e137254e300a18a76a4c018.jpgUne note du 8 juin tirée de jeanbauberotlaicite.blogspirit.com: (...) Pour ma part, je me situe dans une tradition protestante, que j’interprète à ma manière. Et je tente, pour cela, de m’abreuver à plusieurs sources théologiques. Car que la foi est dans l’extrascientifique, dans l’arationalité, ne signifie pas qu’elle soit un pur sentiment, cela n’empêche pas de pouvoir penser sa foi.

Mais penser sa foi n’est pas une pure opération intellectuelle. Cela implique, de façon immédiate, des conséquences sur la manière de comprendre le monde, de construire sa vie, d’être en interrelation avec les autres.

Comme protestant, je retiens :

– de Jean Calvin, l’absolue transcendance de Dieu et le fait qu’il est seul transcendant.

Donc travail, famille, patrie, mais aussi école et République, médecine et honneur, science et morale, valeurs et idéaux, référence de son propre camp, christianisme et Eglise, etc : rien n’est transcendant, rien n’est sacré. Tout peut être analysé, décortiqué, critiqué, etc. C’est pourquoi je suis à l’aise dans toutes les démarches des sciences humaines.

- de Martin Luther, le fait que Dieu se révèle sur la croix. Dieu est Dieu quand il meurt crucifié, nu et seul ; après avoir crié : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (c’est le verset le pus fort de toute la Bible peut-être).

Donc rien ne doit être défendu au nom de Dieu : ni blasphèmes, ni sacrilèges, ni caricatures, et, bien sûr, encore moins aucune démarche de l’ordre de la connaissance. C’est pourquoi je suis à l’aise dans les démarches de sciences sociales des religions.

- de Luther encore, que personne n’est juste : certains sont de vrais méchants, d’autres se croient et/ou apparaissent justes, trop justes et ne donc le sont pas. Autrement dit, il faut non seulement combattre ce qui est mal, il faut aussi se méfier de ce qui est bien, ou apparaît tel. Là encore, les démarche de connaissance décryptent, désenchantent, mettent à nu les impensés sociaux, attirent l’attention des points aveugles. C’est pourquoi je suis à l’aise dans la morale laïque (morale trouée, comme je l’explique dans mon dernier ouvrage)


- de la Réforme en général, que le salut est pure grâce, sans qu’aucun mérite n’intervienne. Et donc on est délivré du souci des « bonnes œuvres », c'est-à-dire du souci de paraître moral à ses propres yeux et aux yeux des autres. On peut courir des risques pour contester ce qui est le bien stéréotypé d’un temps et d’un lieu, pour ramer à contre courant des idées dominantes, du bien dominant et (en fait) oppresseur.

- de Karl Barth, qu’il n’y a pas d’autre révélation de Dieu que celle-là (dont la croix est le centre : en bon réformé : la croix, pas le crucifix, car là on cherche encore à positiver), qu’il n’existe pas de Dieu en dehors de la révélation.

Le seul interdit est l’idolâtrie : et donc on est poussé à réagir contre toute sacralisation, qu’il s’agisse de valeurs traditionnelles ou de valeurs contestataires, à décrypter tout idéologisation, toute religion civile, à récuser toute transcendance. C’est pourquoi je suis à l’aise dans la laïcité.

- de Dietrich Bonhoeffer (théologien tué après avoir participé à un complot contre Hitler), que les religions sont œuvres humaines et qu’au nom de Dieu il faut aussi savoir vivre sans Dieu. Savoir vivre dans l’immanence des questions complexes et sans réponses définitives, des incertitudes et des doutes, être capable de rêver et savoir qu’il s’agit de rêves, allier continuité et nouveauté, approfondissement et changement. C’est pourquoi je peux être, à la fois, agnostique et croyant.



Tout cela est dialectique, mais la dialectique est peut-être précisément ce qui permet de saisir l’épaisseur même de l’humain. Et, ne pas oublier, le grand créateur de distanciation : l’humour.

30.04.2008

A propos de l'influence des Eglises

a053af481e15edf5b5f49599d4235680.jpg"Eglises et organisations religieuses occupent de plus en plus le rôle de ce qu'on pourrait appeler des communautés d'interprétations dans l'arène publique de nos sociétés laïques. [...] C'est indépendant de la nature convaincante ou criticable de leurs arguments."
Jürgen Habermas, philosophe, Radio Pays-Bas (21 mars 2008)

25.11.2007

Portrait du Professeur Mark Noll, par Jean Decorvet

95cc88ced3d0e4c30a97531d035ec33a.jpg « Modèle accompli de l’intellectuel».
C’est sous ce titre élogieux que Time Magazine a présenté Mark Noll en février 2005 dans un numéro spécialement consacré aux personnalités phares du mouvement évangélique états-unien. (Cf. The 25th Most Influantial Evangelicals in America : http://www.time.com/time/covers/1101050207/photoessay/20.html).
Un an plus tôt, le New York Times avait déjà dit du professeur qu’il était «l’un des historiens les plus en vue du pays» tandis que The New Republic l’avait décrit comme «la crème des historiens dont les États-Unis peuvent aujourd’hui se prévaloir». Qui dit mieux ? Même à l’échelle nord-américaine, pareil encensement de la part des médias relève de l’exception. Exceptionnel donc, Mark Noll ? Assurément. Véritable fer de lance de la réflexion évangélique outreatlantique, il est l’un des principaux artisans du renouveau intellectuel que connaît le mouvement évangélique. Il en est probablement aussi l’étendard le plus respecté.

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11.10.2007

Une note scientifique et citoyenne de Sébastien Fath

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4e1764bac7049c89020a0f43f9f71aa9.jpgLa rubrique fait divers nous le rappelle régulièrement: les chiens d'attaque, cela peut faire très mal. Ce qui est vrai dans l'univers naturel et physique vaut aussi dans l'univers métaphorique.
Des "chiens d'attaque" au service d'intérêts divers, y compris religieux, cela peut faire du dégat, même avec une simple plume, ou un clavier informatique.

En tant que chercheur, je suis bien placé pour observer, à partir du terrain que j'étudie, l'efficacité redoutable de ces "chiens d'attaque". Dans l'univers protestant évangélique, on trouve de tout en terme de relations avec les autres.
Indifférence, oecuménisme, compétition cordiale, méfiance, débat, barricades.... mais aussi, parfois, attaques virulentes en règle, y compris à l'égard de figures respectées comme l'évangéliste Billy Graham (régulièrement qualifié d'apostat, d'esclave de Rome, de loup déguisé en brebis, de franc-maçon hypocrite, sur certains sites ultra-fondamentalistes).
C'est à ce sujet délicat qu'a été consacré une analyse publiée cet été par l'éminent mensuel évangélique américain, Christianity Today (http://www.christianitytoday.com/ct/). Evoquant les "chiens d'attaque" de la chrétienté, l'auteur, David Aikman, s'interroge: "est-ce ainsi qu'il faut apporter grâce et saveur à une civilisation déclinante?" (http://www.christianitytoday.com/ct/2007/august/23.52.html)
L'auteur commence par souligner l'ampleur des invectives et des attaques venimeuses qu'a dû subir un auteur athée à succès, Sam Harris. Des attaques extrêmes qui n'ont fait que conforter ce dernier dans l'idée que les chrétiens sont des fanatiques et qu'il faut tourner la page du christianisme.
Il poursuit en observant que ces agressions verbales, de la part de polémistes évangéliques auto-proclamés défenseurs de la foi, ne s'en prennent pas seulement aux opposants du christianisme, mais aussi à d'autres chrétiens dont ils désapprouvent les positions.
Sa conclusion laisse percer une inquiétude. Soulignant que la courtoisie (civility) est menacée de partout, où va-t-on, dit-il, si les chrétiens s'en prennent les uns aux autres dans des termes comparables à la vulgarité de certains débats sur la TV cablée? Oui aux désaccords, non à l'invective, telle pourrait être la conclusion d'Aikman.
Trois remarques
Du point de vue socio-historique, cet article m'inspire trois remarques.
1/ que Christianity Today s'empare frontalement du problème confirme le fait que ces habitudes de controverse féroce, ces comportements de "chien d'attaque", ne sont pas rares aux Etats-Unis, comme nous le rappellent régulièrement les déclarations à l'emporte-pièce de l'ultra-conservateur Pat Robertson, suggérant tantôt l'assassinat d'Hugo Chavez, tantôt la punition de Dieu sur Ariel Sharon.
2/ cet article confirme aussi qu'il y a débat interne. Beaucoup d'évangéliques (dont la "ligne" défendue par Christianity Today) désapprouvent la controverse agressive. Mais d'autres, persuadés de leur bon droit, continuent mordicus à la pratiquer via leur presse ou via internet, suscitant d'âpres débats inter-évangéliques.
3/ ces réflexions illustrent aussi la prise de conscience croissante par les évangéliques, aux Etats-Unis, qu'ils sont minoritaires (bien que puissants), très observés, et qu'ils ne sauraient se permettre des postures agressives et caricaturales sous peine de se décrédibiliser totalement.
A partir de ces pistes, il serait intéressant de voir comment les choses se passent sur la terrain protestant évangélique français (presse, radios, sites internet).